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Extraire une vis cassée et rattraper un filetage foiré

La vis cassée et le filet mort sont deux pannes distinctes. Extraction, retaraudage, insert : l'ordre des gestes, et l'extracteur qui casse dans le trou.

La rédactionPublié le

Photographie : une vis cassée percée et un taraud posés sur un établi, à côté d'un insert fileté
Photographie Győző Mórocz · Pexels

Une vis cassée et un filetage foiré sont deux pannes différentes, et les confondre coûte cher. Quand la vis casse, le trou reste sain : il faut sortir un morceau de métal sans toucher aux filets. Quand le filetage est foiré, la vis sort toute seule et c’est le trou qui ne retient plus rien : il faut refaire de la matière. Les outils ne sont pas les mêmes, l’ordre non plus. Et il existe un scénario pire que les deux réunis.

Vis cassée ou filet mort : comment fait-on la différence ?

Le test tient en un geste. On engage à la main une vis neuve, propre, du même diamètre et du même pas. Si elle mord et descend sur toute la profondeur, le filetage est vivant. Si elle tourne dans le vide, ou si elle prend deux tours puis patine, le filet est mort.

Un filet meurt de trois façons. Le sur-serrage arrache la matière entre les spires, le plus souvent d’un coup et sans prévenir. Le serrage de travers taille un faux filet en biais dès les premiers tours. La corrosion, enfin, ronge le filet d’une pièce en alliage léger, et il repart avec la vis au démontage.

La vis, elle, casse pour d’autres raisons : serrée trop fort, fatiguée par les vibrations, ou forcée alors qu’elle était grippée. Le premier travail est donc en amont, et il est décrit dans le guide sur les vis grippées : beaucoup de vis cassées sont des vis qu’on n’a pas su débloquer.

Regardez enfin où la cassure s’est produite. Un talon qui dépasse encore, c’est le cas le plus favorable de tout ce guide. Une cassure à fleur de pièce demande un perçage. Une vis rompue au fond d’un trou borgne est le cas long.

Que faire quand un bout de vis dépasse encore ?

Tout ce qui dépasse est une chance, et on ne la gâche pas en perçant tout de suite.

La pince-étau, serrée à fond sur le talon, tournée par à-coups plutôt qu’en effort continu. On alterne : un quart de tour dans le sens du serrage, puis un demi-tour dans le sens du desserrage.

Les deux écrous bloqués l’un contre l’autre, quand le goujon garde un filetage utilisable. On visse le premier écrou, on bloque le second dessus, et on dévisse en prenant le premier. La prise se fait alors sur un filetage entier, pas sur une tête.

L’écrou soudé sur le talon. C’est la méthode la plus efficace quand elle est possible : on pose un écrou dont le trou coiffe le morceau de vis, on remplit ce trou de métal fondu, on laisse refroidir un peu, et on dévisse à la clé. Deux effets se cumulent, une prise neuve et la chaleur du bain qui dilate la pièce autour du filetage. Il faut un poste et une main correcte : par où commencer en soudure traite du choix du procédé.

Aucune de ces trois méthodes ne touche au filetage de la pièce. C’est pour cela qu’elles passent toutes avant le perçage.

Comment perce-t-on une vis cassée sans manger le filetage ?

Le perçage se joue entièrement sur le centrage. Un trou décalé mange le filet d’un côté et transforme une réparation simple en retaraudage.

Dans l’ordre :

  1. Mettre à plat. On aplanit le talon à la lime ou à la fraise, pour offrir au foret une surface perpendiculaire.
  2. Marquer le centre au pointeau, exactement au milieu, d’un coup franc. Un pointeau qui glisse donne un trou qui glisse.
  3. Percer petit d’abord. L’avant-trou guide tout ce qui suit, chaque foret reprenant le trou existant au lieu de partir à côté.
  4. Ouvrir jusqu’à un diamètre inférieur au noyau du filetage. Les guides d’extraction retiennent comme ordre de grandeur environ la moitié du diamètre extérieur de la vis. La valeur exacte figure sur la notice de l’extracteur, qui donne le préperçage taille par taille.
  5. Rester perpendiculaire. Une équerre posée à côté, un coup d’œil de profil tous les deux tours.

Deux outils changent tout ici. Le foret à gauche : monté sur une perceuse tournant à l’envers, il travaille dans le sens du dévissage, et il arrive régulièrement que la vis se dévisse d’elle-même pendant le perçage, avant même l’extracteur. Le foret carbure, qui passe là où un foret acier rapide glisse et bleuit, c’est-à-dire sur une vis trempée. On perce lentement, avec de la pression et du lubrifiant, et on sort le foret pour évacuer les copeaux. La conduite de la machine compte autant que le foret ; ce qui compte vraiment sur une perceuse visseuse sans fil revient sur la vitesse et le couple.

Pourquoi l’extracteur casse-t-il, et que faire s’il a cassé ?

L’extracteur en spirale est un filetage conique tourné à gauche. On l’engage dans le trou percé, on tourne à gauche, la conicité le coince dans la vis et cette prise permet de dévisser. Le problème tient dans le mot conicité. Un cône est un coin. Plus on tire fort, plus l’extracteur écarte le morceau de vis contre le filetage qu’on cherche justement à sauver. On serre ce qu’on veut sortir.

L’extracteur est fabriqué en acier dur et cassant, volontairement, et il rompt à l’intérieur de la vis si on lui donne trop de couple. C’est écrit dans sa définition même.

Voilà le pire scénario de tout ce guide. Dans le trou se trouve alors un métal plus dur que la vis, et plus dur que vos forets. Percer un extracteur cassé est décrit par ceux qui ont essayé comme à peu près impossible. Restent trois portes de sortie, toutes désagréables :

  • Exploiter sa fragilité. Ce qui ne se perce pas se casse : une meule montée sur outil rotatif, ou une fraise carbure, réduit l’extracteur en poussière à force de patience. Prévoyez plusieurs fraises. Lunettes obligatoires, comme le rappelle le guide des protections à l’atelier.
  • Éclater le morceau au pointeau, en tapant sec, puis retirer les fragments au crochet. Ça marche parfois. Parfois ça enfonce le bout plus loin.
  • L’électroérosion, en atelier spécialisé, qui ronge le métal sans effort mécanique. Encore faut-il pouvoir déposer la pièce et l’emmener.

Tout se décide donc avant, pas après. Un extracteur à cannelures droites s’enfonce au marteau de laiton et non au marteau d’acier, précisément parce que l’acier a plus de chances de le casser. Le trou percé doit être assez large pour que l’outil morde sans forcer. Et le couple se donne au tourne-à-gauche, à la main : pas de rallonge, pas de clé à choc.

Comment rattraper un filetage foiré ?

Quatre réponses, de la plus légère à la plus lourde.

Repasser un taraud à la même cote. Quand seuls les premiers filets sont écrasés, un taraud de la bonne taille remet les spires en forme et évacue la matière repoussée. On ne coupe pas un filet neuf, on nettoie celui qui existe.

Tarauder à la cote supérieure. On perce au diamètre du filetage suivant, on taraude, on change la vis. Simple et solide, à deux conditions : que la pièce ait assez de matière autour du trou, et que la vis plus grosse ne gêne rien à l’autre bout.

Poser un insert hélicoïdal. C’est un fil d’acier inoxydable ou de bronze phosphoreux, de section en losange, enroulé en ressort : il présente un filetage à l’extérieur et un filetage à l’intérieur. On perce, on taraude avec le taraud spécial du jeu, on visse l’insert, on casse l’ergot d’entraînement. L’intérêt est de retrouver le diamètre d’origine, donc la vis d’origine.

Poser un insert massif à clavettes. Une bague filetée que l’on visse dans le trou retaraudé, puis que l’on verrouille en enfonçant des clavettes au marteau à travers les filets. C’est la solution d’un trou qui reprendra du couple, ou qui se démontera souvent.

Un point que les pages marchandes passent sous silence : dans un carter en aluminium, en zamak ou en magnésium, l’insert ne fait pas que réparer. Il donne un filetage plus résistant que ce qu’on obtient en taraudant directement la matière. Refaire un trou de vidange à l’insert, ce n’est pas poser une rustine, c’est souvent améliorer la pièce.

La vraie prévention reste le couple. La plupart des filets morts d’un garage amateur sont arrachés au serrage, pas usés par le temps, et la clé dynamométrique est l’outil qui les évite.

Comment tarauder sans casser le taraud dans le trou ?

Un taraud cassé pose exactement le même problème qu’un extracteur cassé : du métal trempé au fond d’un trou. Les ouvrages d’atelier le disent sans détour, la casse d’un taraud est fréquente et son retrait difficile.

Le diamètre de perçage se calcule, il ne se devine pas. Pour un filetage métrique, on retire le pas du diamètre nominal : un taraudage M10 au pas de 1,5 se perce à 8,5 mm. Trop petit, le taraud force et casse. Trop grand, le filet est creux et ne tient rien.

Le reste tient à la conduite de l’outil.

  • Commencer droit. Les premiers filets donnent la direction, et rien ne la corrige ensuite. Une équerre à côté du trou, ou le taraud guidé par le mandrin d’une perceuse à colonne débrayée.
  • Prendre la bonne forme. L’ébaucheur amorce, l’intermédiaire coupe, le finisseur descend jusqu’au fond d’un trou borgne. Sauter l’ébaucheur dans un trou profond, c’est demander trois passes à un seul outil.
  • Revenir en arrière régulièrement, pour casser le copeau. Un copeau long s’enroule, bourre les goujures et bloque le taraud : c’est là qu’il rompt.
  • Lubrifier. L’huile de coupe fait partie de l’opération, elle n’est pas un supplément.

Souffler le trou avant de remonter une vis. Un copeau resté au fond d’un trou borgne fausse le serrage, et casse parfois le filet neuf dès la première vis.

Ce qu’il faut retenir

D’abord la question : vis cassée, ou filet mort ? Ce qui dépasse se prend à la pince ou par un écrou soudé, avant tout perçage. Ce qui est à fleur se perce au centre, au foret à gauche, jusque sous le noyau du filetage. L’extracteur ne vient qu’ensuite, à la main et sans forcer, parce qu’un extracteur cassé dans un trou est plus dur que tout ce que vous possédez. Le filet mort se répare au taraud, à la cote supérieure ou à l’insert, ce dernier rendant souvent une pièce en alliage plus solide qu’avant. Les autres sujets du serrage sont dans la rubrique serrer, et l’index des guides du site prolonge celui-ci.

Peut-on extraire une vis cassée sans extracteur ?

Oui, et c'est souvent plus sûr. On perce dans l'axe jusqu'au diamètre du noyau : le reste de la vis se réduit alors à une mince pellicule filetée qui se décolle et se retire au crochet ou au pointeau. C'est plus long, mais aucun outil trempé ne risque de casser dans le trou, et le filetage d'origine survit fréquemment.

Un insert hélicoïdal tient-il aussi bien qu'un filetage d'origine ?

Dans une pièce en alliage léger, il tient généralement mieux : un filetage rapporté en acier inoxydable ou en bronze résiste davantage qu'un filet taillé directement dans l'aluminium ou le zamak. La condition est la pose, c'est-à-dire un perçage droit et le taraud spécial fourni avec le jeu, jamais un taraud ordinaire.

Que faire si l'extracteur a cassé et que la pièce ne se dépose pas ?

Il reste l'abrasion : une meule ou une fraise carbure montée sur un outil rotatif, qui use le fragment sans chercher à le percer. Comptez plusieurs fraises et beaucoup de temps, protégez les alentours de la limaille, et acceptez l'idée d'un retaraudage à la cote supérieure ou d'un insert une fois le trou nettoyé.

Ce que nous avons lu

  1. Screw extractor (Wikipédia, en anglais) : types d'extracteurs, acier dur et cassant, rupture dans la visconsulté le
  2. Tap and die (Wikipédia, en anglais) : diamètre de perçage d'un taraudage métrique, ordre des tarauds, casseconsulté le
  3. Threaded insert (Wikipédia, en anglais) : insert hélicoïdal, insert à clavettes, réparation d'un filetageconsulté le
  4. Here's how you remove a fractured bolt extractor tip from inside a broken bolt (Jalopnik)consulté le
  5. Techniques d'extraction, solutions pour goujons récalcitrants (blog Pièces et Pneus) : perçage, écrou soudé, insertconsulté le
  6. Extraire un boulon cassé, percer une vis cassée (Phantom) : mise à plat, centrage, foret carbure, tourne-à-gaucheconsulté le

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