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Clé plate, mixte, à pipe ou à œil : laquelle sur quel boulon
La plate approche, l'œil casse le serrage, la mixte fait les deux, la pipe descend au fond d'un puits. La règle de l'ordre, et pourquoi la plate arrondit.
La rédactionPublié le

Sur un boulon accessible et pas trop serré, la clé plate suffit et va vite. Dès que le couple monte, ou que l’écrou a passé quelques hivers dehors, il faut une clé à œil, qui entoure la tête au lieu de la pincer par deux faces. La clé mixte réunit ces deux têtes sur un même manche, à la même cote : c’est le seul jeu à acheter quand on n’en achète qu’un. La clé à pipe garde un usage précis, l’écrou au fond d’un puits ou la tige filetée qui dépasse.
Qu’est-ce qui change entre ces quatre clés ?
Le contact avec la tête du boulon, et presque rien d’autre.
- La clé plate, ou clé à fourche, ouvre un U qui saisit deux faces opposées. Ses becs sont inclinés d’environ 15 degrés sur l’axe du manche : en la retournant face pour face, on gagne une demi-reprise là où le manche ne fait qu’un demi-battement.
- La clé à œil, dite polygonale, ferme un anneau autour de la tête. La version à six pans s’appuie sur les six faces de l’hexagone, la version à douze pans sur ses coins, et cette dernière reprend par douzième de tour. Ce que ce choix de profil change sur un écrou fatigué est expliqué dans le guide des douilles 6 pans et 12 pans, et vaut mot pour mot ici.
- La clé mixte porte une fourche d’un côté, un œil de l’autre, à la même cote.
- La clé à pipe est un tube à six pans creux, plié à angle droit au quart de sa longueur. Le coude donne le levier, le tube descend où un anneau ne passe pas.
Retenir ce seul chiffre suffit à trancher la moitié des cas : deux faces pour la plate, six pour l’œil. Le reste en découle.
Pourquoi la clé plate arrondit-elle un écrou ?
Parce qu’elle tient deux faces, et qu’elle les tient mal dès que l’effort monte.
Sous couple, la fourche s’ouvre. Le bec extérieur n’est retenu par rien : il s’écarte de quelques centièmes, le contact glisse vers les arêtes de l’écrou, et toute la charge se concentre sur deux points au lieu de deux surfaces. Le métal de l’arête se couche. Au tour suivant le jeu est plus grand, la clé grimpe plus tôt, et l’écrou perd ses angles en trois allers-retours. Un anneau fermé ne peut pas s’ouvrir, c’est toute la différence.
Le geste raté se déroule toujours dans le même ordre. On force, la clé saute d’un cran en couinant, la main part vers ce qui se trouve devant : une durite, une ailette de radiateur, l’arête d’un carter. On resserre alors sa prise sur le manche, ce qui ne change rien, et on finit à la pince multiprise, qui achève l’écrou. La main écorchée est la blessure la plus banale d’un atelier, et les gants et lunettes décrits dans le guide des protections en évitent la moitié.
Trois signes disent d’arrêter avant ce moment. La clé remue sur l’écrou alors qu’on n’a pas encore appuyé. Une brillance neuve apparaît sur les arêtes. Un couinement se fait entendre pendant l’effort. Une fourche usée par des années de travail arrondit d’autant plus vite : posée sur l’écrou, une clé plate doit descendre sans jeu perceptible quand on la remue.
Dans quel ordre passer d’une clé à l’autre ?
La règle tient en une ligne : l’œil casse le serrage, la plate fait le chemin, l’œil finit.
Au démontage, cela donne :
- Poser l’œil, pousser dans l’axe du manche, sans à-coup, jusqu’à ce que le serrage cède.
- L’écrou libéré, passer à la plate. Elle s’engage et se retire sans lever la main, ce qui va bien plus vite sur une longue tige filetée.
- Si l’écrou durcit à nouveau, filet sale ou rouille plus loin, revenir à l’œil. Un écrou qui durcit en cours de dévissage ne se force jamais à la plate.
Au remontage, on inverse : approcher à la plate, à la main d’abord puis à la clé, et finir à l’œil. Là où le constructeur donne une valeur, le serrage final se contrôle avec une clé dynamométrique, pas au ressenti.
Un mot sur le levier, parce qu’il fait autant de dégâts que la mauvaise clé. Une clé à œil courte ne casse pas un écrou grippé, et la rallonger avec un tube tord le manche ou fait éclater l’anneau. On change de méthode, on ne change pas de longueur de bras.
Quand la clé à pipe est-elle le bon outil ?
Trois cas, et ils sont reconnaissables au premier coup d’œil.
L’écrou au fond d’un puits. Une bougie logée dans son conduit, une vis de couvre-culasse au fond d’un lamage : ni la plate ni l’œil ne descendent, le tube oui.
La tige filetée qui dépasse. Une clé à pipe débouchée, ouverte de part en part, coiffe la tige et vient prendre l’écrou au fond. C’est le cas des colliers d’échappement et de beaucoup de fixations de moteur.
Le boulon accessible dans l’axe, sans place autour. Le tube est fin, l’anneau ne l’est pas.
Ce que la pipe ne fait pas, en revanche, s’oublie vite. Elle ne se présente pas de biais : il faut un accès droit, dans l’axe de la vis. Sur une clé à tube droite, tournée par une broche passée en travers, le levier dépend de la longueur de la broche, et un tube long se vrille sous un effort important. Dès qu’on possède un cliquet, une douille sur rallonge fait le même travail avec un bien meilleur choix d’angles, et le guide du cliquet et du nombre de dents explique ce qui décide alors du débattement.
Et les raccords de frein ou de carburant ?
Ni plate, ni œil ordinaire.
Les écrous de tuyauterie sont en métal tendre, souvent en laiton, montés sur un tube qui passe au travers. Un anneau fermé ne s’y engage pas, puisque le tuyau ne se coupe pas. Une clé plate, elle, marque ces écrous dès la première tentative, et un raccord de frein arrondi se remplace avec toute sa canalisation.
L’outil qui convient est la clé à tuyauter, un œil fendu d’une seule ouverture, juste assez large pour laisser passer le tube. Elle enveloppe presque toute la tête et n’appuie pas sur deux arêtes. Sur un circuit de freinage, c’est elle ou rien.
Que garder si l’on n’achète qu’un seul jeu ?
Un jeu de clés mixtes, dans les cotes qu’on rencontre vraiment sur une voiture : 8, 10, 11, 12, 13, 14, 15, 17, 19 et 22 mm. Chaque clé donne alors les deux têtes à la même cote, ce qui supprime la question du choix au moment où l’on a les mains sales.
Ce qu’on ajoute ensuite, dans l’ordre d’utilité :
- Un jeu de plates doubles, pour tenir un contre-écrou pendant qu’on tourne l’autre. Deux clés de la même cote sur le même axe : biellettes de direction, raccords de durite, tendeurs de câble. Une mixte seule ne fait pas ce travail.
- Deux ou trois œils contre-coudées, dont la tête est décalée du manche, pour ce qui est plaqué contre une tôle et ne laisse pas passer les doigts.
- Une clé à pipe à la cote des bougies du moteur, et pas un jeu complet.
- Une clé à tuyauter aux cotes du circuit de freinage, le jour où l’on y touche.
Une clé se choisit aussi sur son marquage. Une cote gravée en creux se lit encore quand l’outil est gras, une cote peinte s’efface en une saison. Et un jeu de clés se range en ligne, par cote croissante, sur un rail ou une équerre : la clé qui manque se voit avant qu’on la cherche sous la voiture. Le comparatif du panneau perforé et de la servante dit lequel des deux convient à des clés qu’on prend dix fois par heure.
Ce qu’il faut retenir
Un jeu de mixtes couvre l’essentiel : l’œil pour casser et pour finir un serrage, la fourche pour aller vite quand l’écrou est libre. La plate seule ne se justifie qu’en double, pour tenir un contre-écrou. La pipe descend au fond d’un puits et coiffe une tige filetée, à condition d’attaquer dans l’axe. Un raccord de frein se prend à la clé à tuyauter, jamais autrement. Et l’écrou arrondi commence toujours de la même façon : une fourche qui s’ouvre sous un couple qu’elle n’était pas faite pour tenir. Les autres outils de l’atelier sont réunis dans le sommaire des guides publiés.
La clé mixte remplace-t-elle vraiment la plate et l'œil ?
Pour un seul boulon à la fois, oui : les deux têtes sont à la même cote sur le même manche. Elle ne remplace pas deux clés plates de la même cote, dont on a besoin pour bloquer un contre-écrou pendant qu'on tourne l'autre côté.
Peut-on desserrer un écrou grippé avec une clé plate ?
C'est le meilleur moyen de l'arrondir. La fourche s'ouvre sous l'effort et glisse sur les arêtes. Sur du grippé, on attaque à l'œil ou à la douille, en poussant progressivement dans l'axe du manche, et on traite le grippage avant de forcer davantage.
Faut-il des clés en pouces en plus des clés en millimètres ?
Pour une voiture européenne ou japonaise récente, non. Les cotes en pouces servent sur des véhicules américains, sur du matériel agricole ancien et sur certaines motos. Une clé métrique approchante posée sur un écrou en pouces flotte, et c'est exactement la situation qui arrondit une tête.
Ce que nous avons lu
- Clé (outil) (Wikipédia) : clé plate, polygonale, mixte, à pipe, angles et pansconsulté le
- Wrench (Wikipédia, en anglais) : open-end, box-end, combination, flare nut, 6 et 12 pansconsulté le
- Clés polygonales : serrage sans marquer les écrous, cotes et normes (Pièces et Pneus)consulté le
- Quels sont les différents types de clés de serrage (Stahlwille)consulté le
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