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Quel étau pour un établi, et comment le fixer sans l'arracher

Un étau en fonte boulonné en travers du plateau, mors fixe au ras du bord, au-dessus d'un pied. Le choix compte moins que la fixation.

La rédactionPublié le

Photographie : un étau d'établi en fonte boulonné en bout de plateau, mors au ras du bord
Photographie Sergei Starostin · Pexels

Pour un garage, l’étau à prendre est un étau d’ajusteur en fonte, à mors moyens, à base fixe si l’on frappe souvent. Sa fixation décide de tout le reste : des boulons qui traversent le plateau de part en part, des rondelles larges, une contreplaque dessous, et le mors fixe placé au ras du bord. Un étau tenu par des vis à bois dans un panneau aggloméré finira par se soulever, et il emportera un morceau de plateau avec lui.

Quel étau pour un garage, et quelle taille ?

L’étau d’ajusteur, aussi appelé étau d’établi de mécanicien, est celui qu’on cherche. Fonte grise pour la plupart des modèles, acier moulé ou fonte malléable pour les versions renforcées. Les mors sont des pièces rapportées, striées en dents de scie ou en losanges, et ils se remplacent. Qu’ils se démontent au tournevis est bon signe.

Une seule cote sert à désigner un étau : la largeur des mors. Sur un étau d’ajusteur, l’ouverture maximale vaut en gros cette largeur. Autrement dit, un petit étau n’ouvrira jamais grand, quoi qu’on en espère. Choisir la taille revient donc à répondre à une question très concrète. Quelle est la plus grosse pièce que vous serrerez vraiment ? Un moyeu ou un carter, ce n’est pas la même chose qu’une équerre de portail.

Deux détails de construction méritent un regard. Les mors tuyau, cette seconde paire de mâchoires incurvées logée sous les mors principaux, tiennent le rond sans l’ovaliser. L’enclume moulée à l’arrière du corps sert à redresser une petite pièce, et à rien de plus.

Ce qui ne compte pas : la couleur, le poids annoncé pris isolément, la présence d’un serrage rapide sur les modèles légers.

Base fixe ou base tournante ?

Le verdict d’abord. Base fixe pour qui frappe, base tournante pour qui lime, soude ou manipule des pièces longues.

La base tournante ajoute un plateau et deux vis de blocage entre l’étau et l’établi. Chaque interface ajoutée est du jeu en puissance. Sous un coup de marteau, ce jeu s’entend : un léger claquement métallique à chaque impact, qui n’existe pas sur une base fixe. Les vis de blocage se desserrent avec les vibrations, et il faut y revenir.

En échange, elle évite de tourner autour du meuble. Pour souder un assemblage, ou pour limer une face puis l’autre, elle fait gagner du temps réellement. Les contraintes propres à la soudure, ventilation comprise, sont traitées dans les guides sur la soudure et l’air comprimé.

Un compromis existe, et il est honnête : prendre la base tournante, puis la bloquer une fois pour toutes dans l’axe de l’établi tant qu’on n’a pas besoin de la faire pivoter.

Où le poser sur le plateau ?

En bout, jamais au milieu. Deux raisons, et la seconde surprend souvent.

D’abord, le mors fixe doit se trouver au ras du bord du plateau, voire déborder très légèrement. Les guides de montage parlent d’un affleurement, ou d’un débord de l’ordre de deux à six millimètres. Sans lui, une pièce longue serrée à la verticale vient buter contre le plateau, et scier un tube sur toute sa hauteur devient impossible. Cette contrainte décide de l’emplacement, avant toute considération de confort.

Ensuite, l’étau se place au-dessus d’un pied ou d’un montant, pas entre deux. Les efforts descendent alors directement dans le bâti au lieu de faire travailler le dessus en flexion. Un étau posé au milieu d’un plateau de deux mètres fait plier le bois à chaque serrage, et les trous de boulons finissent par s’ovaliser. Que le meuble encaisse tout cela est un sujet à part entière, traité dans le guide pour choisir un établi qui ne bouge pas.

Reste le côté. On garde libre celui où le bras travaille : pour un droitier qui scie, la droite. Un étau collé dans un angle de mur oblige à travailler le coude replié contre le corps, et on le regrette au premier fer plat un peu long.

Comment le boulonner sans l’arracher ?

Le montage ne prend pas une heure, et chaque étape a sa raison.

  1. Poser l’étau à sa place, mors fixe au ras du bord, puis tracer les trous de la base au crayon. Un coup de pointeau au centre de chaque marque empêche le foret de partir en balade.
  2. Percer de part en part, avec un foret légèrement plus gros que les boulons. Un trou trop juste oblige à forcer au montage et met la base en contrainte.
  3. Utiliser des boulons traversants, du plus gros diamètre qui passe dans les trous de la base, et autant qu’il y a de trous. Trois trous percés, trois boulons.
  4. Empiler les rondelles dans l’ordre. Une rondelle plate sous la tête, une autre sous le plateau, puis une rondelle frein ou un écrou à bague nylon. Les vibrations desserrent tout ce qui n’est pas freiné.
  5. Glisser une contreplaque sous le plateau, en acier ou en contreplaqué, de l’ordre de quinze à trente centimètres de côté. Elle répartit l’effort sur une large surface au lieu de le concentrer sous quatre rondelles.
  6. Serrer progressivement, en croix, sans chercher à écraser le bois. Puis tirer et pousser sur les mors ouverts, de toutes ses forces : rien ne doit bouger.

Le plateau doit avoir de l’épaisseur sous les boulons. Les guides de montage fixent le minimum autour d’un pouce et demi, soit un peu moins de quatre centimètres, et conseillent de doubler un dessus plus fin. Une seconde épaisseur de contreplaqué collée dessous, ou une traverse en bois massif juste sous la zone de l’étau, fait l’affaire. Les plateaux professionnels en hêtre multiplis de 40 mm sont au-dessus de ce seuil ; beaucoup de plans de travail de grande surface sont très en dessous.

Qu’est-ce qui arrache un étau, exactement ?

Deux montages échouent, et ils échouent lentement, ce qui les rend traîtres.

Les vis à bois et les tirefonds. Ils ne tiennent que par le filet pris dans l’épaisseur du plateau. Chaque effort latéral fait travailler ce filet, le bois se tasse autour, la vis prend du jeu. On resserre, ça tient une semaine. Un jour, la base se soulève d’un côté au mauvais moment, et la vis sort avec un cône de bois autour d’elle.

Le plateau en aggloméré ou en panneau de fibres. Sous une rondelle serrée, le panneau se comprime et la rondelle s’enfonce. Le trou s’ovalise, l’huile et l’humidité font gonfler la matière, la zone devient un cratère friable. Le boulon, lui, tient toujours : c’est le plateau qui lâche autour. Une contreplaque au-dessus comme en dessous repousse l’échéance sans régler le problème.

Le signe avant-coureur se voit à chaque fois. Un peu de poussière de bois claire autour des rondelles, et une base qui décolle du plateau quand on tire sur les mors ouverts. À ce stade on démonte et on reprend le montage. On ne resserre pas.

Qu’est-ce qui casse un étau, et comment l’éviter ?

La fonte grise est dure et cassante. Elle ne se déforme pas avant de rompre : elle casse net, et elle projette des éclats.

Trois gestes l’abîment.

Frapper sur les mors ou sur la vis. Le corps d’un étau n’est pas une enclume, sauf à l’endroit prévu pour ça, à l’arrière. Un coup de marteau sur un mors ouvert fend la joue de fonte.

Rallonger le levier. Un tube passé sur la broche multiplie l’effort bien au-delà de ce que la vis-mère supporte. Le filet s’écrase, ou la mâchoire mobile se fissure.

Serrer sur une seule extrémité des mors. La pièce coincée dans un coin fait travailler la mâchoire mobile en torsion, et c’est elle qui cède la première. On serre au centre chaque fois que la pièce le permet.

Frapper une pièce tenue dans l’étau projette de la calamine et des éclats, exactement à hauteur des yeux. Le choix des lunettes, des gants et du casque antibruit est détaillé dans le guide des protections à l’atelier.

Comment garder un étau en état ?

Des mors striés mordent, et ils marquent tout ce qui est plus tendre qu’eux. Deux mordaches, cornières d’aluminium, de cuivre ou de bois posées sur les mors, règlent la question pour une pièce finie. Encore faut-il les garder à portée de main, sinon elles ne servent jamais.

La vis-mère et son écrou vivent sous le corps, là où tombent la limaille et la poussière. Brosser, souffler, remettre un peu de graisse : voilà tout l’entretien. Une vis d’étau qui grince et devient dure ne manque pas de force, elle manque de nettoyage.

La rouille s’installe sur les mors et sur la glissière dès qu’un garage n’est pas chauffé, pour les mêmes raisons que sur l’outillage, décrites dans le guide pour empêcher la rouille sur les outils. On ne peint jamais la glissière ni les portées : la peinture s’écaille dessous et le coulissement devient râpeux.

Ce qu’il faut retenir

Un étau se choisit sur la largeur de ses mors, qui donne aussi son ouverture, puis sur sa base : fixe pour frapper, tournante pour limer. Il se pose en bout de plateau, mors fixe au ras du bord, au-dessus d’un pied. Il se fixe par des boulons traversants, avec rondelles freinées et contreplaque dessous, jamais par des vis à bois, jamais dans de l’aggloméré. Une poussière de bois claire autour des rondelles annonce l’arrachement : on démonte avant. Le reste des guides d’atelier est réuni dans tous les guides publiés.

Peut-on fixer un étau sans percer l'établi ?

Il existe des montages sur planche de contreplaqué large, serrée au plateau, qui évitent de percer. C'est un dépannage acceptable pour un étau léger et pour du travail sans frappe. Dès qu'on force à la lime ou qu'on tape, seuls des boulons traversants tiennent dans la durée.

Quelle largeur de mors choisir pour un garage de particulier ?

Celle qui laisse passer la plus grosse pièce que vous serrez réellement, puisque l'ouverture d'un étau d'ajusteur vaut à peu près la largeur de ses mors. Mesurez cette pièce avant d'acheter. Prendre plus grand ajoute surtout du poids sur le plateau et de l'encombrement à côté.

Peut-on souder une pièce serrée dans l'étau ?

Oui, à condition de poser la pince de masse sur la pièce elle-même, jamais sur l'établi ni sur le corps de l'étau. Sinon le courant de retour traverse la vis-mère et son écrou, et il pique les portées. Protégez aussi les mors des projections avec des mordaches en acier de récupération.

Ce que nous avons lu

  1. Vise (Wikipédia, en anglais) : étau d'ajusteur, largeur de mors, montage sur l'établiconsulté le
  2. How to properly mount a vise to a workbench (Engineer Fix) : boulons, rondelles, contreplaqueconsulté le
  3. How to mount a bench vise for maximum stability (Engineer Fix) : épaisseur du plateau, position sur un piedconsulté le
  4. Comment fixer un étau sur un établi (blog Planet Tools)consulté le
  5. Établi professionnel, plateau multiplis hêtre 40 mm (fiche Cegequip)consulté le

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