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Comment faire durer les batteries de ses outils sans fil

Une batterie lithium-ion vieillit avec la chaleur et les séjours à pleine charge, pas avec l'usage. Charge, rangement, contrôle : les gestes qui la font durer.

La rédactionPublié le

Photographie : une batterie d'outil sans fil posée sur son chargeur, sur un établi
Photographie Ramesh Kambattan · Pexels

Une batterie d’outil sans fil dure longtemps si on la garde au frais, si on ne la laisse pas des mois pleine ou vide, et si on la charge avec le chargeur prévu pour elle, sans la faire tomber. Ce n’est pas l’usage qui tue une batterie lithium-ion, c’est la chaleur et le temps passé aux extrêmes de charge. Le reste, le fameux « il faut la vider complètement avant de recharger », vient d’anciennes technologies au nickel et fait plus de mal que de bien sur une batterie moderne. Ce guide détaille ce qu’on sait de fiable sur le vieillissement de ces batteries, puis les gestes qui en découlent pour la charge, le rangement, le contrôle et la fin de vie.

Comment vieillit une batterie lithium-ion ?

Une batterie d’outil est un boîtier qui contient plusieurs éléments lithium-ion reliés entre eux, avec une électronique qui surveille la tension et la température. Chaque élément a une tension nominale de 3,6 ou 3,7 V, d’après l’article de Wikipédia sur l’accumulateur lithium-ion ; la tension de la batterie affichée sur l’outil résulte du nombre d’éléments mis en série.

Ces éléments s’usent de deux façons. La première est l’usage. Chaque cycle de charge et de décharge consomme un peu de leur capacité. La seconde est le temps : ils vieillissent même posés sur une étagère, et d’autant plus vite qu’ils sont chauds et pleins. Le dossier de Battery University sur la longévité des batteries lithium donne des ordres de grandeur parlants. Après un an de stockage à 25 °C, une batterie gardée à 40 % de charge conserve 96 % de sa capacité, contre 80 % pour une batterie gardée à 100 %. À 40 °C, les mêmes chiffres tombent à 85 % et 65 %.

Deux enseignements en découlent, et tout le reste de ce guide s’y ramène. La chaleur est l’ennemi principal, avant le nombre de cycles. Et une batterie rangée pleine vieillit plus vite qu’une batterie rangée à moitié, ce qui va contre le réflexe de tout recharger avant de fermer l’atelier.

À l’inverse, le même article rappelle que ces accumulateurs ne présentent aucun effet mémoire, contrairement aux accumulateurs au nickel. C’est ce qui rend caduque l’habitude de la décharge complète.

Faut-il vider la batterie avant de la recharger ?

Non. Sur une batterie lithium-ion, la décharge partielle ne pose aucun problème : Battery University indique explicitement qu’il n’y a pas d’effet mémoire et que la batterie n’a pas besoin de cycles de décharge complète pour prolonger sa vie. Mieux : les décharges peu profondes lui rendent service. Le même dossier donne, pour une chimie courante, environ 300 cycles avant d’atteindre 70 % de capacité quand on décharge à 100 % à chaque fois, contre environ 1 000 cycles quand on ne décharge que de 40 %.

Le geste pratique est simple. On recharge quand on en a l’occasion, sans attendre que l’outil ralentisse, et on ne s’inquiète pas d’une batterie qui n’était qu’à moitié vide. Une batterie qui rentre au chargeur avec de la réserve fait plus de cycles qu’une batterie qu’on épuise systématiquement.

Ce qui abîme vraiment une batterie, c’est la décharge profonde : une décharge sous 2,5 V par élément cause des dommages irréversibles. L’électronique de la batterie coupe normalement l’outil avant d’en arriver là ; c’est elle qui fait que la perceuse s’arrête net au lieu de ralentir doucement. Mais cette protection ne fait rien contre l’autodécharge lente d’une batterie oubliée vide pendant des mois : elle continue de descendre, et peut passer sous le seuil dont elle ne remonte pas. Une batterie qu’on range doit être rangée avec de la charge dedans.

À quel niveau faut-il ranger une batterie qu’on n’utilise pas ?

Ni pleine, ni vide : à mi-charge. L’article de Wikipédia conseille, pour un stockage prolongé, de maintenir un état de charge intermédiaire et de recharger partiellement chaque mois, en stockant si possible dans un endroit frais. Battery University situe la charge de stockage idéale autour de 40 %, ce qui correspond aux chiffres de conservation cités plus haut.

En pratique, avec un outil d’atelier :

  • Une batterie qu’on réutilisera dans la semaine peut rester sur l’outil, chargée ou non ; on ne raisonne pas à cette échelle.
  • Une batterie qu’on ne touchera pas pendant plusieurs semaines, par exemple celle de la clé à choc entre deux changements de pneus, se range avec deux ou trois barres sur quatre à la jauge. Dans un tiroir de la servante, pas sur le chargeur.
  • On note la date sur un bout de ruban de masquage collé sur la batterie, et on la remet un moment au chargeur au bout d’un mois si la jauge a baissé.

La jauge de la batterie n’est pas un instrument de mesure, mais elle suffit pour ce geste : l’important est de n’être ni tout en haut ni tout en bas. L’autodécharge des lithium-ion est faible, moins de 10 % par an, ce qui laisse le temps de faire ce contrôle sans stress. C’est d’ailleurs un avantage sur les anciennes batteries au nickel-cadmium, qui, d’après la page de référence en anglais sur les perceuses, se vidaient d’elles-mêmes en quelques mois là où une lithium-ion garde sa charge bien plus longtemps.

Quelle température supporte une batterie ?

La zone de confort d’une batterie lithium-ion est étroite. Le même article de Wikipédia situe la plage d’utilisation optimale entre 0 °C et 35 °C, avec une zone de confort entre 16 °C et 22 °C. Elle précise que les performances baissent par temps froid et reviennent à la normale quand la batterie se réchauffe : une batterie molle un matin d’hiver n’est pas une batterie morte, c’est une batterie froide.

Le garage est un endroit difficile. Il gèle l’hiver et il chauffe l’été, surtout sous une toiture en tôle ou derrière une porte exposée au soleil. Trois gestes limitent les dégâts :

  1. Ne pas charger une batterie froide : on la laisse revenir à la température de la pièce avant de la mettre au chargeur. Beaucoup de chargeurs refusent d’ailleurs de démarrer et le signalent par un voyant ; ce n’est pas une panne, c’est une protection.
  2. Ne pas laisser les batteries sur l’établi au soleil, ni dans une voiture fermée l’été. Un tiroir de servante, fermé, dans la partie la plus fraîche du garage, est le bon endroit.
  3. Laisser refroidir une batterie qui sort d’un travail intensif avant de la remettre en charge : elle est déjà chaude, le chargeur va la chauffer encore, et c’est exactement le cumul qui abîme.

Pour ceux qui ont le choix, les batteries de réserve peuvent aussi passer l’hiver et l’été dans la maison, à température stable, et ne rejoindre l’atelier que pour travailler.

Quel chargeur utiliser, et comment charger sans risque ?

Celui du fabricant, prévu pour cette batterie. L’INRS, dans ses pages sur les batteries au lithium, demande des chargeurs adaptés et range le chargeur non adapté parmi les causes d’emballement thermique, c’est-à-dire un échauffement qui s’entretient lui-même et peut finir en incendie. Un chargeur d’une autre marque qui « rentre » mécaniquement ne dialogue pas forcément avec l’électronique de la batterie ; on ne le tente pas.

Sur la vitesse de charge, Battery University recommande d’éviter les chargeurs dits ultra-rapides qui promettent une charge complète en moins d’une heure. Un chargeur rapide dépanne quand on a une seule batterie et du travail à finir ; pour la charge de tous les jours, le chargeur standard, plus lent, est le plus doux.

Les conditions autour du chargeur comptent autant que le chargeur lui-même. On garde les batteries à l’écart de tout ce qui brûle : on ne charge pas sur un tas de chiffons imbibés d’huile, ni à côté des bidons de solvant, ni sur un carton. Une plaque de tôle ou de carrelage sur un coin d’établi dégagé fait un bon poste de charge. On évite aussi de laisser une batterie en charge pendant des jours : une fois le voyant au vert, on la retire. Et l’on ne charge pas la nuit dans un garage attenant à la maison sans une raison sérieuse ; la journée, quand on est là pour sentir une odeur ou voir un voyant rouge, c’est le bon moment.

Avant chaque charge, un coup d’œil aux contacts : propres, secs, sans limaille collée dessus. Un contact encrassé chauffe, et cette chaleur-là vient s’ajouter aux autres. Ce point rejoint les règles d’ordre du guide sur les protections et l’organisation de l’atelier : un établi propre, c’est aussi un poste de charge propre.

Quels signes doivent faire mettre une batterie de côté ?

Les signes d’alerte à surveiller sont une chaleur anormale, un gonflement, une odeur suspecte. Puis ce qui se voit à l’œil nu : un boîtier fendu ou déformé après une chute, des traces de liquide, un contact noirci ou fondu, une batterie qui se décharge en quelques heures sans avoir servi.

Une batterie qui présente l’un de ces signes ne remonte pas sur l’outil et ne retourne pas au chargeur. L’INRS demande d’isoler immédiatement les batteries endommagées, de les tenir à l’écart des autres, de préférence à l’extérieur, et de protéger leurs bornes contre les courts-circuits : un morceau de ruban adhésif sur les contacts suffit pour cela. On la pose dans un contenant qui ne brûle pas, un seau métallique par exemple, loin de tout ce qui peut prendre feu, en attendant de s’en débarrasser.

Les chocs sont la cause la plus fréquente de ces dégâts. La perceuse qui tombe de la servante, la batterie qu’on jette dans le coffre. L’INRS rappelle qu’il faut manipuler ces batteries avec précaution en évitant de les faire tomber ou de les choquer. Une batterie qui a fait une chute sérieuse se surveille pendant quelques jours, posée à l’écart, avant qu’on la remette en service.

Si une batterie prend feu, l’INRS est clair : l’intervention à l’extincteur est souvent dangereuse à cause des fumées toxiques et des projections, et n’est généralement pas recommandée. On sort, on ferme la porte, on appelle les pompiers. C’est la raison pour laquelle on ne charge pas au milieu de ce qu’on ne veut pas perdre.

Que faire d’une batterie en fin de vie ?

On ne la jette pas à la poubelle. Et on ne la laisse pas traîner dans un tiroir avec les vieilles piles. Une batterie lithium-ion usée reste une batterie : elle contient de l’énergie et des matériaux qui ne doivent pas finir dans un incinérateur ou une décharge. L’INRS note d’ailleurs que moins de 10 % des batteries au lithium sont aujourd’hui recyclées en France, ce qui dit assez que le réflexe n’est pas encore pris.

La filière existe pourtant : Corepile, l’éco-organisme des piles et petites batteries, propose un outil en ligne qui localise le point de collecte le plus proche. Pour les batteries volumineuses d’outillage, le magasin où l’on achète ses outils et la déchetterie sont les interlocuteurs habituels ; on se renseigne avant de se déplacer, avec les contacts protégés par du ruban adhésif pendant le transport.

Avant d’en arriver là, une batterie « fatiguée » mais saine, qui tient encore une demi-séance, peut finir sa vie sur un outil peu gourmand : une lampe d’atelier, une visseuse pour les petits montages. Ce n’est pas un problème de la garder tant qu’elle ne montre aucun signe d’alerte. Choisir la perceuse-visseuse qui recevra ces batteries, et la tension à adopter pour toute la plateforme, c’est l’objet de notre guide sur la perceuse-visseuse sans fil ; les autres machines sur batterie sont dans la rubrique consacrée aux machines sans fil.

Ce qu’il faut retenir

On recharge quand on peut, sans attendre le vide. On range à mi-charge, dans un tiroir frais, avec une date écrite sur la batterie. On charge avec le chargeur du fabricant, sur un support qui ne brûle pas, en journée, et on retire la batterie une fois pleine. Toute batterie chaude, gonflée, fendue ou qui sent part de côté, contacts protégés, avant d’aller en collecte. La chaleur et les extrêmes de charge font vieillir une batterie bien plus que le travail ; un tiroir de servante fermé, comme ceux décrits dans notre guide pour choisir une servante d’atelier, est un meilleur foyer pour elle qu’un chargeur allumé en permanence.

Une batterie neuve doit-elle être chargée avant le premier usage ?

Oui : elle sort de la boîte à charge partielle, prévue pour le stockage, et on la complète avec le chargeur du fabricant avant de s'en servir. Aucun cycle de « formation » n'est nécessaire sur une lithium-ion ; on l'utilise ensuite normalement, sans chercher à la vider.

Peut-on monter une batterie d'une autre marque avec un adaptateur ?

On l'évite. L'adaptateur relie les contacts, mais rien ne garantit que l'électronique de l'outil et celle de la batterie se comprennent pour couper à temps en cas de surchauffe ou de décharge trop profonde. Ce qui rentre mécaniquement n'est pas forcément compatible.

Faut-il retirer la batterie de l'outil quand on le range ?

Pour quelques jours, cela n'a pas d'importance. Pour plusieurs semaines, on la retire et on la range à mi-charge : cela évite une décharge lente par l'électronique de l'outil et une chute d'un outil posé en équilibre sur sa batterie.

Ce que nous avons lu

  1. Battery University, BU-808 How to prolong lithium-based batteriesconsulté le
  2. Wikipedia (fr), Accumulateur lithium-ionconsulté le
  3. INRS, Utilisation de batteries au lithiumconsulté le
  4. INRS, Batterie lithium-ion : comprendre les risques pour mieux les prévenirconsulté le
  5. Wikipedia (en), Drill, section cordless drillsconsulté le
  6. Corepile, Je recycle mes piles (localisation des points de collecte)consulté le

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